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De l’innovation sociale au coopératisme

Réconcilier performance et intérêt général.

À l’heure où les inégalités se creusent et où la croissance ne tient plus toutes ses promesses, l’innovation sociale et le coopératisme offrent une voie crédible pour réconcilier performance et intérêt général. Non comme posture idéologique, mais comme pratique opérationnelle qui remet le bénéficiaire au centre et rééquilibre la donne sans spolier personne. Cet article relie une conviction de terrain, faire avec plutôt que faire pour, aux travaux de Timothée Parrique sur la post-croissance et de François Rousseau sur l’organisation militante, avant de confronter le tout aux chiffres récents de l’économie sociale et solidaire.

Objectif: montrer que démocratie économique et solidité ne s’opposent pas.

Sortir du récit de la croissance comme seule boussole

Les travaux de l’économiste Timothée Parrique ont déplacé la frontière du pensable. Au-delà du débat sur la décroissance, sa proposition de fond est simple et exigeante: l’objectif d’un système économique devrait être le bien-être, pas la vente de biens et services. Une économie performante n’est pas celle qui fait grossir son revenu national, mais celle qui satisfait les besoins de sa population de la manière la plus parcimonieuse possible, en partageant équitablement les richesses (Parrique, 2022).

Ce basculement n’est pas anecdotique. Il invite à repenser l’entreprise comme une infrastructure au service de besoins concrets, ancrée dans les territoires, démocratique dans sa gouvernance, sobre dans son rapport aux ressources. Parrique plaide explicitement pour une transformation graduelle des entreprises en coopératives à lucrativité limitée, sur le modèle des Sociétés coopératives d’intérêt collectif (SCIC). C’est là que le terme de coopératisme prend tout son sens: apporter du sens et du partage, dans un cadre exigeant vis-à-vis des ressources et des habitants de la planète. Le coopératisme n’est donc pas le folklore d’un passé mutualiste: c’est l’un des chantiers opérationnels majeurs d’une économie post-croissance.

L’organisation militante: gérer et militer sans renoncer à l’un ni à l’autre

Cette perspective entre en résonance avec les travaux du chercheur François Rousseau (1956-2011), dont la thèse Gérer et militer demeure une référence pour penser la gestion associative et les structures de l’ESS. Rousseau définit l’organisation militante comme une

« forme productive dont la vocation est de produire de la société »: une organisation qui ne se contente pas de délivrer un service, mais qui fabrique du lien, du sens et de la cohésion, tout en produisant de la valeur économique (Rousseau, 2007).

Rousseau met en garde contre deux dérives symétriques. D’un côté, les associations qui refusent toute règle de gestion s’exposent à la précarité et à la fermeture. De l’autre, celles qui adoptent sans recul les outils du management classique risquent une dérive techniciste et une perte de sens: l’élu devient prescripteur, le militant opérateur, l’adhérent simple consommateur de services. L’enjeu est donc de combiner exigence gestionnaire et projet de transformation sociale. C’est précisément cette tension féconde qui structure notre positionnement de cabinet conseil engagé.

Vous portez un projet coopératif ou une refondation associative? Prenons rendez-vous pour en parler simplement, sans jargon.

Rééquilibrer la donne: ce n’est pas la chasse aux riches

Disons-le clairement: plaider pour le coopératisme et l’innovation sociale, ce n’est pas faire la chasse à celles et ceux qui réussissent. C’est réfléchir collectivement à un meilleur équilibre, sans spolier les entrepreneurs ni mésestimer la prise de risque, l’innovation technique ou la création d’entreprise « classique ». C’est reconnaître que, dans une société d’incertitudes, climatiques, géopolitiques, sociales, l’individualisme grandissant affaiblit les solidarités qui font la résilience d’un territoire.

L’enjeu est d’outiller celles et ceux qui n’ont pas eu la chance d’évoluer dans des environnements favorables: publics en insertion, personnes en situation d’illettrisme, jeunes éloignés de l’emploi, familles monoparentales précarisées, ultramarins cumulant les freins socio-économiques. Dans une action de lutte contre la pauvreté comme dans un dispositif de santé mobile, le plus grand risque n’est pas l’échec technique: c’est l’effet de seuil, celui qui laisse dehors les personnes qui en auraient le plus besoin. Mettre le bénéficiaire au centre n’est pas un slogan; c’est la condition d’efficacité de toute politique publique sérieuse, et une exigence reprise dans les appels à projets les plus rigoureux.

L’ESS et le coopératisme: des chiffres qui parlent

L’économie sociale et solidaire n’est pas un secteur résiduel. Encadrée en France par la loi Hamon du 31 juillet 2014, elle représente environ 2,6 millions d’emplois, soit près de 14 % de l’emploi privé, portés par plus de 150 000 entreprises, associations, coopératives, mutuelles, fondations et sociétés commerciales agréées ESUS (ESS France, 2024).

Le mouvement coopératif inflige un démenti à l’idée reçue selon laquelle gouvernance démocratique rimerait avec faiblesse économique. Le Panorama sectoriel des entreprises coopératives 2026 recense plus de 21 600 entreprises coopératives actives en France, pour un chiffre d’affaires cumulé de 344 milliards d’euros et 1,3 million d’emplois; 80 % des sièges des cent premières coopératives sont implantés en région, signe d’un ancrage territorial fort (Coop FR, 2026). Les SCOP issues de reprises d’entreprises en difficulté affichent un taux de survie à cinq ans nettement supérieur à la moyenne nationale.

À l’international, le groupe Mondragon (Pays basque espagnol) est emblématique: plusieurs dizaines de milliers de salariés, un écart salarial plafonné, et une contribution directe à l’un des plus faibles taux de chômage régionaux d’Espagne. D’autres expériences parlent fort: Desjardins au Québec, les grandes coopératives agricoles danoises, les banques coopératives italiennes, ou les coopératives de plateforme qui émergent face à l’ubérisation. Toutes démontrent qu’il est possible d’allier performance, ancrage, partage et démocratie, à condition d’y travailler sérieusement et dans la durée.

Du diagnostic à l’action: le rôle du conseil

Accompagner une association dans la refondation de son projet, outiller une structure d’insertion sur la mesure d’impact social, aider une collectivité à évaluer un dispositif de prévention, appuyer un réseau mutualiste sur ses enjeux RH, former des porteurs de projets au cadre juridique et financier de l’ESS: toutes ces interventions tiennent ensemble la rigueur analytique et l’écoute de ce que les acteurs de terrain savent mieux que personne de leur réalité. Le coopératisme, l’innovation sociale et l’ESS ne sont pas des étiquettes: ce sont des disciplines exigeantes, qui demandent méthode, technicité et humilité, et des voies crédibles pour construire des territoires plus justes et plus résilients.

C’est aussi le sens de notre engagement collectif, dont témoigne la 1ʳᵉ Journée de l’Innovation Sociale à La Réunion: structurer, coordonner et diffuser ces pratiques, pour et avec les territoires.

FAQ, questions fréquentes

Coopératisme et ESS, est-ce la même chose?

Non. L’ESS est un ensemble large (associations, coopératives, mutuelles, fondations, entreprises agréées ESUS) défini par la loi Hamon de 2014. Le coopératisme désigne plus spécifiquement le modèle coopératif, gouvernance démocratique « une personne, une voix » et lucrativité limitée, que l’on peut retrouver, ou non, au sein de l’ESS.

Une coopérative est-elle moins performante qu’une entreprise classique?

Les données récentes disent le contraire: ancrage territorial, résilience en période de crise et meilleure survie des SCOP issues de reprises. La gouvernance partagée n’est pas un frein à la performance, elle en change la finalité.

En quoi Axone Consultant peut-il aider sur ces sujets?

Nous accompagnons la structuration de projets coopératifs et de SCIC, la refondation de projets associatifs, l’ingénierie financière (FSE+, FEDER) et l’évaluation d’impact, toujours en co-construction avec les parties prenantes.

©Axone Consultant 2026, Abélard Mickaël

Sources

Coop FR. (2026). Panorama sectoriel des entreprises coopératives, édition 2026. https://www.entreprises.coop

ESS France. (2024). Les chiffres clés de l’économie sociale et solidaire. https://ess-france.org

Loi n° 2014-856 du 31 juillet 2014 relative à l’économie sociale et solidaire (loi Hamon). JORF.

Parrique, T. (2022). Ralentir ou périr: l’économie de la décroissance. Éditions du Seuil.

Rousseau, F. (2007). L’organisation militante: produire de la société. RECMA, Revue internationale de l’économie sociale.

Axone Consultant s’inscrit dans l’innovation sociale, durable et inclusive. Nous vous accompagnons pour devenir un acteur engagé de votre territoire.

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